12 déc. 2005

Sur la "racaille" et les "vrais jeunes"

.

Analyse critique de La « racaille » et les « vrais jeunes. Critique d’une vision binaire du monde des cités, par Stéphane Beaud et Michel Pialoux (article publié sur Liens Socio).

Le papier de Beaud & Pialoux comporte de nombreuses inexactitudes et approximations. Dans le détail, chacune peut sembler mineure ; mais, mises bout à bout, elles font système. Sans elles, s'écroule la thèse des auteurs.

Inexactitude n°1

Contrairement à ce qu'affirment nos deux sociologues, Nicolas Sarkozy n'a certainement pas employé le mot "racailles" dans un objectif de "provocation calculée".
.
Le ministre de l'Intérieur était en visite dans une cité qui venait de défrayer la chronique, quand une dame l'apostropha à peu près en ces termes : "Monsieur Sarkozy, on en a marre de cette bande de racailles". Le Ministre n'a fait que reprendre le terme "racailles" dans sa réponse : "Vous en avez assez, hein ? vous en avez assez de cette bande de racailles ? et bien on va vous en débarrasser".

Source: Arrêt sur Images du 6 nov: le reportage à Argenteuil lors de la visite du ministre. On peut réécouter la séquence où le gardien d'immeuble rapporte les faits occultés par les "journalistes" (cliquez sur la photo et mettez le curseur sur 25 minutes 50). Le Ministre a dialogué plus d'une heure avec les jeunes et les habitants de la cité, mais les journaux n'en ont rapporté que 5 secondes avec le mot "racailles".

Un honnête journaliste aurait mis cette répartie en perspective, l'aurait contextualisée. Mais nos radios et nos télés sont infestées d'agents à la solde de telle ou telle faction politique. Les ennemis du ministre de l'intérieur auront vu là une bonne occasion d'écorner son image. De leur côté, les "engraineurs" de l'ultra-gauche n'ont évidemment pas raté cette occasion de jeter de l'huile sur le feu ; ils ont matraqué jusqu'à plus soif le message : "Sarko traite de racailles les jeunes des cités". L'un dans l'autre, on tient là un exemple assez remarquable de manipulation politico-médiatique.

Que des activistes enragés soient prêts à tout pour pousser leur agenda n'est pas pour étonner. Mais on pourrait attendre plus de sérieux et de distance de la part de sociologues. Une chose est sûre: on ne construit pas une analyse sociologique sur un procès d'intention.

Inexactitude n°2

Les jeunes émeutiers sont-ils des "voyous", comme le soutiennent les policiers et leur Ministre, ou plutôt des "jeunes ordinaires", comme semblent le penser Stéphane Beaud & Michel Pialoux ?

Certes, le juge Rozensweig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, n'a pas tort de dire que la plupart des interpellés sont inconnus de la justice. Ainsi, "à Bobigny, sur 89 mineurs présentés au tribunal dans le cadre des violences, 37 étaient "connus" au plan pénal ou civil… A Créteil, parmi 77 mineurs déférés mi-novembre, 15 seulement étaient connus par la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). A Nanterre, sur 41 mineurs, 22 étaient "inconnus en délinquance"... Le noyau dur des mineurs délinquants n'a pas été impliqué dans les émeutes, ou bien n'a pas été pris par la police…" (Le Monde du 25 nov).

Mais de là à voir dans les émeutiers des "jeunes ordinaires", il y a un pas (comme on dit en montagne). Un pas que, pour notre part, nous ne franchirons pas.

D'abord, il est bon de préciser qu'"être connu des services de police ou de la justice, c'est très différent", comme le dit au Figaro le criminologue Christophe Soullez. En effet, "une personne interpellée va entrer dans les fichiers de la police, mais il y a encore plusieurs filtres avant qu'elle ne soit inscrite dans la mémoire judiciaire". Dans son enquête de délinquance auto-rapportée, portant sur près de 2 300 adolescents de Grenoble et St Etienne, Sébastian Roché a ainsi mis en évidence que pour 3 auteurs de délits graves détectés par la police, 1 seulement avait eu affaire à la justice (La délinquance des jeunes, page 252).

Ensuite, il faut bien voir qu'une bonne partie des mineurs interpellés n'étaient pas les vrais émeutiers. Certains s'étaient simplement laissés entrainés par d'autres, plus vicieux, plus professionnels, plus habiles aussi quand il s'agit d'échapper à la police. Beaucoup étaient de simples figurants qui passaient par là ou assistaient au spectacle. De fait, écrit Le Monde, "dans de nombreux cas, les éléments fournis par la police n'ont pas permis aux juges de mettre ces mineurs en examen… Bon nombre ont, au final, simplement été remis à leur famille…" Un magistrat du parquet affirme même qu' "on n'a pas arrêté les véritables émeutiers. On a tapé dans la petite fraction de jeunes désoeuvrés qui ont assisté à ce que d'autres faisaient".

Enfin, on peut être "inconnu" du système pénal et avoir déjà commis un ou plusieurs délits. Dans l'enquête déjà citée de Sébastian Roché, il apparaît que seuls 2 % des délits peu graves et 7,5 % des délits graves (racket, vol avec violence, vol de voiture, cambriolage, coups ayant nécessité des soins médicaux, caillassage) avaient été surpris par la police (La délinquance des jeunes, page 232).

Quoiqu'il en soit, si les mineurs émeutiers n'étaient pas tous des délinquants confirmés, force est de constater qu'ils sont bien partis pour le devenir... Faut-il rappeler que bruler des écoles, des bus, des voitures... est un délit grave ? Un délit d'autant plus inexcusable quand il s'agit du bien des pauvres...
.
xxxxx
.
On comprend bien pourquoi nos auteurs tiennent tant à discréditer la police et le ministre de l'Intérieur. C'est une étape indispensable pour amener leur thèse, i.e. poser LA question : "La véritable question sociologique que posent ces émeutes est donc la suivante : comment expliquer la participation de ces jeunes de cité « ordinaires » à ces événements ?" Imaginons qu'à défaut d'être des "jeunes ordinaires", les émeutiers soient juste des "voyous ordinaires ", qui pourrissent chaque jour la vie de leurs concitoyens, LA question ne se poserait plus... On n'aurait plus besoin de la sociologie de Beaud, Pialoux & Cie... Et ça nous manquerait !

Il reste que les réponses apportées comportent là encore de nombreuses inexactitudes et approximations.

Inexactitude n° 3

Beaud et Pialoux écrivent : "l’avenir objectif de ces jeunes de cité s’est dramatiquement obscurci pour tous lors de ces dernières années. Nul n’ignore que la situation sur le front de l’emploi s’est fortement dégradée depuis 2002. On sait peut-être moins que cette dégradation a touché de plein fouet les jeunes de cité." Mais ils ne donnent pas de chiffres !

Il est vrai que le chômage a augmenté en 2003, et que les jeunes des cités ont été particulièrement touchés. Mais au 3ème trimestre 2005, donc avant les émeutes de novembre, le taux de chômage était retombé à 9.8 % en France métropolitaine (après un pic à 10.2 % au début de l'année), et à 13.3 % en Seine St Denis (après 14.0 % au début de l'année) -- source : Insee.

De même, le rapport de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles nous apprend que le taux de chômage des jeunes hommes de 15 à 25 ans est passé de 36.7 % en 2003 à 36.2 % en 2004... Dans ces conditions, parler d'une situation "fortement dégradée" à propos de l'emploi des jeunes est pour le moins excessif...
.
J'accorde qu'un taux de chômage de 36 % constitue en soi un scandale. Mais c'est vrai du chômage des jeunes en général. En 2004, le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 22 % au niveau national (Insee), et celui des jeunes sans qualification sortis du système éducatif en 2001 atteignait 39 % (Bref, déc. 2004). Tous sont victimes de trente années de préférence française pour le chômage -- une préférence largement nourrie par l'idéologie antilibérale des Beaud, Pialoux & Cie...

Inexactitude n° 4

B&P écrivent : "Pour le groupe des « bacheliers » (nous désignons par là les jeunes titulaires d’un bac ou d’un bac+2 qui peinent à trouver une place sur le marché du travail), la discrimination à l’embauche pèse fortement en exerçant une grande violence sur ceux qui la subissent, et surtout les petites portes de sortie (contrats aidés, emplois-jeunes) qui existaient pour les titulaires du bac se sont peu à peu fermées."

La discrimination est un fait. Mais il ne faut pas exagérer les difficultés d'insertion professionnelle des jeunes diplômés. A défaut de données précises sur les jeunes des cités, on peut consulter l'étude longitudinale du Cereq (Génération 98) sur la période 1998 - 2001 : elle permet de comparer l'insertion des jeunes hommes diplômés à Bac et plus, selon qu'ils sont "français d'origine" ou "franco-maghrébins". Il apparaît que le temps moyen d'accès à l'emploi était de 2,9 mois pour les franco-maghrébins, contre 3 mois pour leurs homologues "français d'origine" ; 57 % des franco-maghrébins n'ont pas connu le chômage au cours de ces trois années (vs 62 %), et seuls 10 % y sont restés plus d'un an (vs 6 %) ; dans les deux cas, ils sont 13 % à avoir dû patienter au moins 3 mois pour finalement accéder à un emploi temporaire ; enfin, les contrats aidés ont concerné 18 % des franco-maghrébins (vs 11 %). Source: Bref, fev. 2004

Le "groupe des bacheliers" ne s'en tire donc pas si mal -- surtout si l'on sait que l'origine sociale de ces jeunes les distingue nettement de celle de leurs homologues français de souche. Par conséquent, on peut douter que la poignée de bacheliers qui ont rejoint les émeutiers soient représentatifs des jeunes diplômés issus des cités...
.
De même, les auteurs surestiment l'impact de la suppression des emplois-jeunes. A leur plus haut, ces derniers concernaient au mieux 4 % des des jeunes en insertion (6 % dans le groupe des bacheliers). (*)

.
Inexactitude n° 5

B&P écrivent : "La dégradation a aussi concerné les conditions de travail. Stress, fatigue, « ambiance pourrie », ce sont les mots qui reviennent le plus souvent pour parler des nouveaux services ou des ateliers en flux tendus."

Ici, les auteurs nous citent un florilège issu de la presse anticapitaliste, mais toujours pas de chiffres... Doit-on les croire sur parole ? Il est vrai qu'ils sont à bonne école : dans Le Capital, Marx voulut faire croire que les conditions de travail des ouvriers d'Angleterre étaient la copie conforme des procès-verbaux de l'inspection du travail ! (sa principale source documentaire).
.
Conclusion
.
Les émeutiers auront eu le mérite d'attirer l'attention de l'opinion sur la question sociale telle qu'elle se pose dans les périphéries de la République. Pour autant, il serait trop simple de voir dans ces émeutes la révolte des "jeunes ordinaires" des cités. Des jeunes ordinaires ne brulent pas les voitures, les bus, les écoles de leurs voisins... De même, il serait trop simple d'y voir une réaction collective à l'aggravation récente des conditions d'insertion professionnelle. Si insatisfaisantes que soient ces conditions, rien n'indique qu'elles se soient sensiblement dégradées...
..
A suivre...
.
Note :
.
Les jeunes susceptibles d’entrer dans le dispositif Emplois-Jeunes sont les jeunes à la recherche d’un emploi (mais pas nécessairement inscrits à l’ANPE ; par ex. 57 % des jeunes entrés en emploi jeune n'étaient pas inscrits à l’ANPE en 2003). La population éligible correspond grosso modo aux jeunes de 15 à 24 ans se déclarant à la recherche d’un emploi lors des enquêtes du recensement. On peut alors calculer le % des jeunes en insertion concernés par les emplois jeunes. En 2003, il était de 2,3 % dans les ZUS, contre 5.1 % dans l'ensemble de la France (rapport 2005 de l'Observatoire national des ZUS, Fichier III, page 205).

Mais on sait que le nombre d'emplois-jeunes a beaucoup baissé à la rentrée 2003 : 2 352 pour l'ensemble des ZUS, contre 3 879 en 2002 (rapport 2004). Las ! Même en supposant que le nombre d'emplois jeunes soit resté à son pic de 2002, cela ne représenterait jamais que 3,8 % des jeunes en insertion.

Rapporté à la population des chômeurs diplômés à bac et plus (le "groupe des bacheliers"), ce taux serait plus important, mais pas beaucoup plus. En effet, dans les ZUS, 38 % des entrants en emplois-jeunes en 2003 n'avaient pas le niveau Bac ; et si l'on ajoute ceux qui ont juste le niveau Bac, on arrive à un taux proche de 50 % (rapport 2005, III, page 200). Même en supposant que la structure par diplôme des jeunes à la recherche d'un emploi corresponde à celle des DEFM en ZUS (tous âges confondus), soit 30 % de diplômés à Bac ou plus (ibid, Fichier I, page 22), le taux d'emplois jeunes au sein du "groupe des bacheliers" serait à peine de 6.3 % (3.8 % x 0.5/0.3).

Bref, on peut gloser tant qu'on voudra : la suppression des emplois-jeunes a affecté moins de 4 % des jeunes en insertion et 6 % des bacheliers en insertion...

10 déc. 2005

Indolents Africains

A propos de ces étonnants africains qui travaillaient moins quand on les payait plus
.
Nairobi, Kenya 1905 : l’achèvement de la voie ferrée reliant l’Ouganda à l’Océan Indien provoque l’arrivée massive de colons blancs.

Elisabethville, Congo Belge, 1910 : la découverte de gisements de cuivre considérables amène un début d’industrialisation du Copperbelt.

Dans les deux cas, la main d’œuvre indigène manque. Aussi, pour attirer les africains vers les plantations et les mines européennes, on a successivement recours à deux méthodes :

- la solution de l’impôt de capitation, qui a le mérite de contraindre les hommes à migrer pour gagner par leur travail de quoi payer l’impôt. Limite : sitôt cette obligation remplie, ils repartent au village.

- proposer des salaires plus attractifs. Un meilleur salaire élève le coût d'opportunité du "loisir" et ajoute à l'attrait du travail salarié, incitant les ruraux à migrer et les migrants à rester. Partant, la hausse des salaires devrait permettre d'augmenter l'offre de travail.

Las ! Loin d’accroître l’offre de travail indigène, cette mesure contribua à réduire la durée moyenne des séjours des migrants !

Pour expliquer cette anomalie, on mobilisa les théories anthropologiques en vogue à l’époque. Selon ces théories, les sociétés traditionnelles révèleraient une préférence marquée pour le loisir. Etant donnée la quasi absence de division du travail, donc d’échanges économiques, les besoins y seraient limités aux seuls biens disponibles dans la nature ; et comme, "sous un climat méridional", la nature se montre généreuse, ces besoins seraient aisément satisfaits.
Des salaires plus élevés permettent de satisfaire des besoins limités (achat d'un fusil, paiement de l'impôt) en moins de temps qu'avant. Dans ces conditions, la hausse des salaires ne peut que réduire l’offre de travail !

En réalité, les africains sont insérés dans une économie d’échange depuis bien avant l’arrivée des blancs : des caravanes sillonnaient déjà le continent en tous sens, apportant en tous lieux machettes, sel, fusils, étoffes, eau de vie, barrettes de cuivres... Une offre élastique de biens de traite modernes qui, s'ajoutant à une offre peu élastique de biens de prestige traditionnels (épouses, esclaves, bétail), ne pouvait qu'élever l'utilité marginale du salaire. A fortiori parmi les cadets sociaux et les esclaves, pour lesquels seul le travail salarié pouvait permettre d’accéder à la terre, d’accumuler du bétail, des épouses...

Le comportement de nos target workers est d'autant plus étonnant que le travail salarié permet aussi de gagner du "loisir". Le salarié peut désormais se procurer sur le marché ces biens qu'il devait auparavant produire par lui-même (vêtements, poterie, mobilier, outils, produits alimentaires...), réduisant d'autant le coût d'opportunité du travail salarié.

Enfin, quand l'essentiel du temps est absorbé par le "loisir" (activités sociales diverses, oisiveté), l'utilité marginale du loisir est faible : "If all the year were playing holidays, to sport would be as tedious as to work" (King Henry III, I, 1). Les enquêtes de budget-temps réalisées dans les années 50, en Afrique profonde, montraient ainsi que les activités économiques traditionnelles des hommes (travail agricole, marché, bricolage) représentaient à peine 1 000 heures/an seulement (contre 1 500 à 1 700 dans les régions gagnées à l'agriculture de rente).

L’hypothèse selon laquelle le comportement atypique des Target Workers résulterait d'une forte préférence pour le loisir et de besoins limités est par conséquent suspecte.

C'est là encore l’étude de la situation concrète de ces travailleurs qui révèle le fin mot de l'histoire. La structure de leur situation est telle qu’ils ont tout intérêt à réduire au maximum la durée de leur séjour dans les plantations et mines européennes.

En premier lieu, la mortalité dans les camps était considérable : hygiène des cases déplorable, point d’eau souillés, rations alimentaires insuffisantes en quantité comme en qualité, promiscuité favorable à la communication des maladies, ... Typhoide, malaria, dysenterie, pneumonie,... emportaient un travailleur sur quatre à Elisabethville en 1911, et encore un sur dix en 1918.

En second lieu, les conditions de travail sont peu attractives : c’est le règne de la chicotte que prodiguent généreusement les Capita ; c’est aussi l’usage abusif des amendes, ou des retenues sur salaires (en remboursement des avances consenties par la factorerie), qui créent un écart parfois considérable entre salaire promis et salaire effectif.

Enfin, il n'était pas permis d'avoir dans les campements une vie de famille, avec femme et enfants. On comprend que les migrants soient pressés de retourner auprès des leurs.

Au delà, ce n’est pas tant la réalité que la perception qu’en ont les travailleurs, qui influence la décision de migrer. Or le moindre incident est rapporté jusqu’au village par ceux qui reviennent des campements. Il en résulte une répulsion durable à l’encontre du travail salarié.

Moyennant quoi, le comportement des Target Workers se révèle parfaitement congruent avec les enseignements de la théorie économique selon laquelle l'offre de travail augmente avec le taux des salaires... dans une situation normale. Dans le cas d'espèce, ce n’est pas tant le comportement que la situation qui étaient atypiques ! Encore fallait-il s’en préoccuper !


Sources :

M. MIRACLE - B. FETTER : Backward sloping labor supply functions and african economic behavior - Economic Development and Cultural Change n° 69-70, p. 240-251, 1970.
M. MIRACLE : Interpreting backward sloping labor supply curves in Africa - Economic Development and Cultural Change n° 75-76, p. 399-406, 1970.
E. BERG : Backward sloping labor supply functions in dual economy : the african case - Quarterly Journal of Economics n° 75, p. 468 - 492, 1961.
JH CLEAVE : African Farmers: Labor Use in the Development of Smallholder agriculture, 1974

Annexe méthodologique

L'explication que je viens ici de dérouler constitue une bonne illustration de la sociologie compréhensive préconisée par Raymond Boudon dans La place du désordre: on a bien une séquence du type M = M { mi [ Si ( M' ) ] }
.
où M = le problème étudié, mi le comportement de l'acteur type, Si la situation de l'acteur, et M' la variable macrosociale pertinente qui contribue à structurer cette situation.


Les variables macrosociales (les "structures sociales") interviennent dans l'explication, en ce qu'elles déterminent un "contexte" ; mais leur prise en compte ne saurait tenir lieu d'explication. Expliquer, c'est comprendre :

"Expliquer un phénomène social, c’est en faire le résultat d’actions dont il faut saisir le sens. Saisir le sens de ces actions (les comprendre), c’est généralement en retrouver les bonnes raisons... faire tenir ensemble de la manière la plus cohérente possible un ensemble d’informations sur le passé [des acteurs], leurs ressources, leur situation ou le contexte social dans lequel ils se meuvent."

Raymond Boudon, 1992, préface à l'édition Quadrige d'"Effets pervers et ordre social"

Le 29 Mai et le mythe de la fracture sociale qui s'élargit

.
Pour expliquer le séisme du 29 Mai, les publicistes ont de nouveau invoqué la "fracture sociale". A les entendre, la pauvreté ne cesserait d'augmenter, et les inégalités de s'aggraver.

Dans le détail, l'éventail des inégalités sociales est infini... et l'on peut toujours citer des cas où l'inégalité s'accroît... Mais si l'on raisonne globalement, et si l'on s'en remet aux indicateurs usuels de la statistique publique, force est de constater que la "fracture sociale" ne s'est pas élargie dans notre pays. Au contraire !


A. L’inégalité des revenus continue à se réduire

1. Le taux de pauvreté est au plus bas

Jusqu’en 2002, on dispose des revenus fiscaux ; on peut alors étudier l’évolution du taux de pauvreté, i.e. la part des ménages dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté (calculé au seuil de 50 % du revenu médian par UC) :

Cf. p.26 du rapport 2004 de l'Observatoire de la pauvreté ; et les données de l'Insee 2005
.
"La pauvreté a indéniablement reculé depuis trente ans. En 2001, 6,1 % des ménages vivaient sous le seuil de pauvreté, alors qu'ils étaient 15.3 % à connaître cette situation en 1970 et 6,4 % en 1997. Cette évolution est particulièrement nette pour les retraités. A l’inverse, le taux de pauvreté des salariés s'est accru en raison de la persistance d'un chômage de masse et de la prolifération des emplois dits "atypiques". (Le Monde, 9 avril 2004).
.
En 2002 (dernier chiffre connu), le taux de pauvreté s'établit à 6.0 % selon l'Insee. Donc en baisse !
.
Les données longitudinales disponibles pour la période 1994-2000 conduisent aux mêmes conclusions, qu'il s'agisse de la pauvreté monétaire ou de la pauvreté en condition de vie : le taux de pauvreté monétaire est passé de 10,5 à 9,1 % et le taux de pauvreté en conditions de vie est passé de 10,9 à 6,5 %.
.
Cf. Trois apports des données longitudinales à l’analyse de la pauvreté - Economie et Statistiques, dec. 2005
.
Depuis 2002, les données manquent mais on peut douter que la situation ait beaucoup évolué. Par exemple, le nombre d'allocataires des minimas sociaux est resté à peu près stable : 3 310 000 allocataires au 31 déc. 2001 ; 3 435 000 au 31 déc. 2004, soit une augmentation sur 3 ans de 3,7 %. Le nombre de personnes couvertes serait un peu supérieur à 6 millions (est.) :
.
Cf. Etudes et Résultats (DREES) : Les allocataires de minima sociaux en 2001, n°354, Dec. 2002 ; et n°447, Dec. 2005: Les allocataires de minima sociaux en 2004
.
Nb : sur la pauvreté relative, voir cette bonne synthèse très riche parue dans Eco et Stats de décembre 2005 : Pauvreté relative et conditions de vie en France
.
2. L’inégalité des revenus disponibles est au plus bas

Depuis un siècle, les inégalités de revenu et de patrimoine se sont fortement réduites dans notre pays :

Cf. les graph. de Thomas Piketty in «Income Inequality in France, 1901-1998», Journal of Political Economy 111 (2003) ; ou en français, les tableaux et graph (Excel) issus de son livre : Les hauts revenus en France au XXème siècle, Inégalités et redistributions, 1901-1998, Grasset, 2001.
.
Les inégalités de revenu disponible par UC ont continué de se réduire depuis 1970 et aucun mouvement en sens contraire n'est discernable dans les années récentes. L'écart interdéciles des niveaux de vie est ainsi passé de 4,83 en 1970 à 3,49 en 1984, 3,35 en 1996 et 3,23 en 2001 selon l'Insee.

- Fiche 2 in Vue d’ensemble sur les inégalités économiques, Insee 2002
- Insee première n° 947 - février 2004 - Évolution des niveaux de vie de 1996 à 2001
..
Nb: A noter que les données fiscales ne prennent pas en compte 80 % des revenus du patrimoine (not. les revenus de valeurs mobilières soumis à prélèvement libératoire ou exonération)… L’exploitation des données de la dernière enquête sur les patrimoines de l’Insee (fin 2003) permettra bientôt de voir si le patrimoine est aujourd'hui plus inégalement réparti, auquel cas les revenus du patrimoine le seraient aussi, et, partant, les revenus disponibles.

Cf. Les revenus du patrimoine dans les enquêtes "revenus fiscaux" (Insee, 2004)
.
3. Les inégalités de salaires se réduisent

Dans "Les salaires en France", édition 2005, l'Insee écrit que, durant les années 90, "l’amélioration de l’accès à l’emploi des non qualifiés s’accompagne d’une forte progression de la part des salaires rémunérés au mieux 1,3 Smic temps complet. Cette diffusion de l’emploi faiblement rémunéré se traduit par une réduction des inégalités parmi les salariés à temps complet; toutefois, pour l’ensemble des salariés, la disparité des rémunérations continue d’augmenter en raison de la progression de l’emploi à temps partiel."

Cf. Les perspectives salariales des « bas salaires » dans les années 1990
.
Pour la période récente, la forte augmentation du Smic horaire consécutive aux 35 heures a contribué à réduire davantage les inégalités salariales. Le Smic net a ainsi augmenté de 15 % entre 1992 et 2005, contre 4.5 % pour le salaire net moyen (Insee 2005). Dans la foulée, le pouvoir d'achat du salaire mensuel de base des ouvriers et des employés a augmenté plus vite que celui des cadres et des prof. intermédiaires sur toute la période 2000 - 2004.

Cf. le graph. 7 de cette note de la DARES ; et ces données de l'Insee (excel)


B. L'égalité sociale continue de progresser

1. Les inégalités de revenu selon l’origine sociale

Au vu de l’enquête Budget des Familles, les inégalités de revenu selon l’origine sociale des actifs de 30 à 50 ans se sont resserrées. En 2000, le revenu disponible moyen d’un enfant d’ouvrier représentait 68.2 % de celui d’un enfant de cadre, contre 59.6 % en 1979. Pour les enfants d’employés, on est passé de 68.9 % à 77.1 %.

Le resserrement de la distribution des revenus selon l'origine sociale ne s'explique pas par la réduction des inégalités de revenus entre les PCS : le revenu disponible des ouvriers représentait 48.8 % de celui des cadres en 1979, et 52.0 % en 2002 ; de son côté, le revenu relatif des employés a diminué, passant de 53.6 % à 51.4 %.

Cf. les tableaux 4 et 5 in Le revenu selon l’origine sociale, Arnaud Lefranc, Nicolas Pistolesi et Alain Trannoy, Économie et Statistiques N° 371, 2004.
.
2. Les inégalités de destinées selon l’origine sociale

Contrairement à une autre idée reçue, l’ascenseur social n’a jamais aussi bien marché. Il monte et descend de plus en plus de gens !

¤ A partir des enquêtes Formation – Qualification Professionnelle conduites par l’INSEE en 1970, 1977, 1985 et 1993, on peut montrer que le taux de mobilité verticale a continûment augmenté :

Hommes
1970 : 41.8 %
1985 : 48.9 %
1993 : 49.9 %

Femmes
1970 : 41.2 %
1985 : 50.5 %
1993 : 52.7 %

lire ainsi : en 1993, 49.9 % des hommes de 40 à 60 ans avaient connu une mobilité sociale ascendante ou descendante.

Cf. tableau 2 in L. A. Vallet : Change in Intergenerational Class Mobility in France from the 1970s to the 1990s and its Explanation, cahier du Lasmas 2005

¤ L'Insee n'a plus fait d'enquête FQP depuis 1993, mais on dispose pour 1979 et 2002 des données de l’Enquête Budget des Familles (Insee). Là encore, les progrès de la mobilité sociale sont évidents :

Si l’on prend au hasard deux hommes de 30 à 50 ans, l’un fils d’ouvrier et l’autre fils de cadre, la probabilité que ce dernier soit cadre et que le premier soit ouvrier se rencontrait 76 fois plus souvent que l’inverse en 1979, contre 32 fois "seulement" en 2002.

Cf. tableau 6 in Le revenu selon l’origine sociale, Arnaud Lefranc, Nicolas Pistolesi et Alain Trannoy, Économie et Statistiques N° 371, 2004

3. Les inégalités de réussite scolaire selon l’origine sociale

Les inégalités des chances scolaires restent importantes. Elles n'en sont pas moins en baisse continue depuis un siècle. ¨Si l’on prend deux enfants au hasard, l’un fils d’ouvrier et l’autre fils de cadre, la probabilité que ce dernier soit bachelier et que le premier ne le soit pas se rencontrait 40 fois plus souvent que l’inverse pour la génération 1908-12, vs 14 fois plus dans la génération 1968-72.

Cf. le Tableau 1 in Claude Thélot et Louis-André Vallet : La réduction des inégalités sociales devant l'école depuis le début du siècle, Economie et Statistiques n° 334, 2000
.
Dans la période récente, les inégalités se sont encore réduites avec la démocratisation spectaculaire de l'accès au lycée et à l'université.

Pour une synthèse de l’évolution récente et un tableau des inégalités persistantes, cf. L'école réduit-elle les inégalités sociales ?- Education et Formation, 2d semestre 2003 ;
Cf. aussi fiches 10 et 20 in L’Etat de l’Ecole, 2005
.
Seule exception : l'inégalité des chances d'accès aux grandes écoles (qui concerne 0.4 % des jeunes) a augmenté, pour les hommes au moins.

Cf. tableau 2 in Valérie Albouy et Thomas Wanecq, Les inégalités sociales d’accès aux grandes écoles, Eco et Stats 2003

Nb: sur les limites des indicateurs d'inégalités des chances, cf. "Trente ans de comparaison des inégalités des chances : quand la méthode retenue conditionne la conclusion", par Jean-Claude Combessie (Courier des statistiques, insee)


C. La précarité de l'emploi n'a pas augmenté depuis 1992

1. Le chômage

Le taux de chômage est cinq à six points au dessus du niveau de plein emploi. Il reste que le taux de chômage était en Mai 2005 un peu plus bas qu’à l’époque du référendum sur le Traité de Maastricht.

Cf. Insee, séries longues des taux de chômage au sens du BIT (1967 – Mars 2005)
.
2. Le sous-emploi

Le taux de sous-emploi est le % des actifs occupés à temps partiel qui voudraient travailler davantage. Il s'élevait à 4.8 % fin 2004, après un pic à 6.6 % en 1998. C'est 1 point de plus qu'en 1990 (3.6 %) mais autant qu'à l'automne 1992.

Cf. Insee Première, oct. 2005 : Le sous-emploi concerne 1,2 millions de personnes

3. Les emplois précaires
.
Entre 1992 et 2002, la part des emplois temporaires dans l’emploi salarié du secteur privé a augmenté de trois points.

Cf. p. 58 du Rapport sur la sécurité de l'emploi, CERC 2005
.
Mais, outre que tout n’est pas négatif dans ce type d’emplois (l’intérim convient bien à certains jeunes qualifiés, et les CDD servent souvent de sas vers l’emploi stable), l'emploi précaire a fortement diminué parmi les non salariés : la part des petits agriculteurs et des petits commerçants dans l’emploi total a ainsi diminué de 3 points sur la période…

N'oublions pas non plus que 250 000 emplois précaires ont disparu avec l'abolition du service national ! Je ne connais pas un jeune qui n'aurait volontiers troqué sa place de bidasse contre un vrai emploi précaire !

Cf. Eric Maurin et D. Goux : Tableau 1 sur l'évolution de la structure sociale depuis le référendum de 1992
.
La précarité concerne particulièrement les jeunes. Or, une enquête récente du Cereq révèle que la génération 2001 accède plus facilement aux emplois en CDI que la génération 1998, pourtant entrée sur le marché du travail dans un contexte beaucoup plus favorable. Pendant les trois années qui ont suivi leur sortie du système scolaire, les jeunes de la génération 2001 ont été davantage en emploi que ceux de la génération 1998 (83 % du temps vs 77 %) ; ils ont aussi été moins exposés au chômage que ceux de la génération 1992.

Cf. Résultats de l'enquête d'insertion Génération 2001, Cereq Juin 2005

.
4. L’insécurité de l’emploi

Dans un document de travail du CERC, Yannick L'Horty passe en revue les études disponibles et conclut que "au total, l’instabilité de l’emploi ne serait pas globalement plus forte aujourd’hui qu’il y a vingt ans, mais elle serait devenue un peu plus diffuse au sein de l’ensemble des catégories de travailleurs". En fait, l'insécurité de l'emploi, mesurée par le risque de perdre son emploi, a fortement baissé entre 1992 et 2002, et avec elle, le sentiment de sécurité des salariés par rapport à l’emploi a augmenté :

Cf. p. 10 et p. 133 du rapport sur la sécurité de l'emploi, CERC 2005 ;
Cf. Yannick L'Horty : Instabilité de l'emploi: quelles ruptures de tendance ? CERC, février 2004

Conclusion

Bref, on ne voit pas que la fracture sociale se soit élargie depuis le référendum sur le traité de Maastrich. Au contraire !
x
Dans ces conditions, comment expliquer que les français aient dit Oui au très libéral Traité de Maastricht et Non à la Constitution européenne ? La raison tient, selon moi, au fait qu'en 1992, l'exécutif était impopulaire mais de gauche, et qu'en 2005, il était impopulaire et de droite.

On sait que, dans un référendum, les électeurs de l'opposition sont toujours tentés de sanctionner le gouvernement en place. De fait, la distribution politique des votes parmi les partis de gouvernement s'est inversée d'un référendum à l'autre. En 1992, avec un exécutif de gauche, 51 % des électeurs de la droite parlementaire ont voté Non, de même que 37 % des électeurs de la Gauche parlementaire. Avec un exécutif de droite, ces derniers ont voté Non à 63 % (+ 26 points), et les premiers à 27 % (- 24 points).

Une chose, cependant, n'a pas changé : en 1992 comme en 2005, les électeurs du FN ont voté Non dans des proportions comparables (92 % vs 93 %). Un phénomène qu'on ne retrouve pas à l'extrême-gauche (où le vote Non a progressé de 24 points). Autrement dit, quand on fait la part du vote sanction dirigé contre l'exécutif, les électeurs de gauche, plus europhiles, sont dans l'ensemble moins enclins à voter Non que les électeurs de droite.

Si cette analyse est juste, cela signifie que ce référendum aurait sans doute été gagné avec un gouvernement de gauche plurielle. Par delà les marroniers post-électoraux, voilà, me semble-t-il, l'explication du séisme du 29 Mai 2005.
xxxxxx
Cf. Sondage IPSOS Sortie des Urnes
.
Nb: Daniel Cohen propose une analyse similaire dans Le Monde du 16 juin : Rejet de l'Europe ou logique partisane ?

2 déc. 2005

Les inégalités sociales devant la mort

.
Au vu des dernières données de l'Insee, l'espérance de vie a augmenté dans toutes les CSP mais les inégalités sociales devant la mort n'ont guère évolué. Chez les hommes, l'espérance de vie à 35 ans a augmenté davantage chez les cadres que chez les ouvriers -- mais l'espérance de vie à 35 ans des ouvriers a augmenté davantage que la moyenne ; chez les femmes, les écarts sont restés identiques (tableau 1).
.
Espérance de vie des hommes et des femmes à 35 ans, par période et catégorie sociale (en années)
d'après Insee Première, juin 2005: Les différences sociales de mortalité

On avance parfois que les régimes de retraites devraient intégrer ces différences sociales de mortalité. Si les ouvriers vivent moins longtemps que les cadres, pourquoi ne pas leur permettre de partir en retraite plus tôt. En fait, c'est déjà largement le cas - ayant étudié plus longtemps, les cadres doivent aussi travailler plus longtemps pour faire valoir leurs droits à la retraite.
.
Qui plus est, la différence d'espérance de vie entre ouvriers et cadres est largement indépendante de la nature des emplois. Certes, les ouvriers sont plus exposés que les cadres aux maladies professionnelles et aux accidents du travail. Par exemple, les ouvriers représentent 35 % des salariés affiliés à la CNAM, mais 66 % des cas d'accidents mortels (Premières synthèses de la DARES, Mai 2002). De même, ils sont de loin les plus exposés aux produits cancérogènes:
.
Proportion de salariés exposés à des produits cancérogènes
.
Cadres: 3.3 %
Professions intermédiaires: 11.1 %
Employés administratifs: 1.3 %
Employés de commerce et de services: 5.3 %
Ouvriers qualifiés: 30.9 %
Ouvriers non qualifiés: 22.5 %
.
.
Mais si le travail est à l'origine de près de la moitié des TMS (troubles musculo-squelettiques) des ouvriers de moins de 65 ans, il n'explique que 4 % de leurs problèmes cardiaques, tensionnels ou circulatoires, et 18.8 % de leurs problèmes respiratoires ou pulmonaires (cf. Premières synthèses de la Dares, Mai 2004).
.
Pour l'essentiel, les différences de mortalité s'expliquent par les différences des modes de vie. Comme le montrent les données ci-après, les ouvriers sont davantage sujets à l'obésité, au tabagisme, à l'alcoolisme que les cadres. Autrement dit, un ouvrier et un cadre qui ne boivent ni ne fument, et qui surveillent un peu leur ligne, ont probablement une espérance de vie assez comparable.
.
Il y a toutefois une autre raison aux différences sociales de mortalité. Les ouvriers "consultent" beaucoup moins que les cadres. Un constat qui justifierait une politique de santé publique plus ambitieuse, notamment dans les domaines sinistrés de la médecine du travail ou de la médecine scolaire...
.
(i) Les comportements à risques
.
Les ouvriers fument davantage, et l'écart avec les cadres s'accroît depuis 20 ans.

Fumeurs réguliers par catégorie socioprofessionnelle
(en %)

Source : Insee. Champ : Ensemble de la population de 18 ans ou plus. Fumeur régulier : Personne déclarant fumer au moins une cigarette (ou équivalent) par jour.

De même, "la mortalité alcoolique est fortement liée à la catégorie sociale". Si l'on considère les causes de mortalité prématurée (avant 55 ans), on constate que "c’est pour les pathologies liées à l’abus d’alcool que l’indice de surmortalité des ouvriers & employés est le plus élevé : 10 fois pour l’alcoolisme et la cirrhose et 11 fois pour les cancers des voies aéro-digestives supérieures."

Source: Etudes et Résultats, janv. 2002 : la mortalité liée à l’imprégnation éthylique chronique en France en 1998 ; cf. aussi ce tableau

(ii) L’obésité

"Les manoeuvres, ouvriers (qualifiés ou spécialisés) et agents de maîtrise dirigeant des ouvriers constituent les catégories qui regroupent le plus d’obèses : de 12 % à 14 % pour ces catégories (vs 10 % pour l’ensemble des adultes). Plus la position professionnelle de l’emploi est élevée sur l’échelle sociale et moins les personnes sont touchées par des problèmes de poids. En fait, les individus de poids « normal » se retrouvent plutôt chez des professions « intellectuelles » ... Ainsi, 60% des ingénieurs et cadres ont un poids normal pour plus de 65% des instituteurs et des professeurs (vs 57 % pour l’ensemble des adultes)."


Source: Point Stat de l'Assurance-maladie, basé sur l'enquête Insee 2003

(iii) La consultation médicale


Consultation médicale au cours des 12 derniers mois selon la PCS (2003, en %)

Lecture : en mai 2003, 78,2 % des agriculteurs exploitants déclarent avoir consulté un médecin généraliste au cours des 12 derniers mois. Champ : France métropolitaine, individus âgés de 15 ans et plus. Insee, Enquête permanente sur les conditions de vie 2003.