19 nov. 2005

Les riches n'ont plus besoin des pauvres

L’idée que les riches n’auraient plus besoin des pauvres est devenu un pont aux ânes de l’anti-économie. On la trouvait déjà chez Viviane FORRESTER, qui écrivait dans L’horreur économique (1996) :

Il faut, pour « mériter » de vivre, se démontrer « utile » à la société, du moins à ce qui la gère, la domine : l’économie plus que jamais confondue avec les affaires, soit donc l’économie de marché. « Utile » y signifie presque toujours « rentable », c’est-à-dire profitable au profit. En un mot, « employable » (« exploitable » serait de mauvais goût !). ... Est-il « utile » de vivre si l’on n’est pas profitable au profit ? ... Alors, sourd la crainte insidieuse, l’effroi, de voir des êtres humains en grand nombre, ou même de voir le plus grand nombre tenus pour superflus.

Plus surprenant, cette idée se rencontre aussi chez d’honorables économistes. Par exemple, Rémy PRUD’HOMME a commis autrefois dans Le Monde un article intitulé « Les nantis n’ont plus besoin des pauvres » (cf. annexe).

Mais le pire est atteint quand la sociologie recycle ce sophisme pour expliquer la crise des banlieues. C’est ce que fait Ulrich BECK dans Le Figaro d’hier (cf. ici) :

Jadis, les riches avaient besoin des pauvres pour devenir riches. A l'heure de la mondialisation, les riches n'ont plus besoin des pauvres. C'est la raison pour laquelle les enfants français d'origine africaine ou nord-africaine pâtissent d'une complète absence de perspective dans les banlieues des grandes villes.

Las ! Si Beck, Forrester et Prud’homme avaient raison, on ne comprend pas comment les pauvres trouvent encore à s’employer au Royaume-Uni ou en Scandinavie. En vérité, le chômage d’exclusion est un problème français, pas une fatalité occidentale.

Les causes en sont connues depuis belle lurette. Le financement de notre système de protection sociale pèse trop lourdement sur les salariés du bas de l’échelle (1). Pour justifier le SMIC et les charges sociales qui lui sont adossées, un travailleur sans qualification doit rapporter à son employeur au moins 1 800 euros par mois. A ce prix, l’un des plus élevés du monde, nos travailleurs non qualifiés sont inemployables.

Pour les remettre en emploi, il suffirait d’abaisser fortement les charges qui pèsent sur leur travail, quitte à faire supporter davantage le coût de la protection sociale par les français plus aisés. Malheureusement, il semble que cette forme de solidarité ne soit pas payante électoralement...

[A noter que, même en mettant les choses au pire -- la fin du travail pour les non qualifiés --, les riches auraient encore besoin des pauvres. Pour preuve, les marchés du sexe, des jeux du stade, de la drogue... où l'offre des pauvres rencontre traditionnellement la demande des riches !]

Dans ces conditions, comment expliquer que des gens intelligents puissent développer des âneries aussi considérables ? Et comment expliquer que ces âneries rencontrent autant d’écho dans l’opinion ?

Paul KRUGMAN déplorait l’existence d’un double standard dans l’attitude des intellectuels vis-à-vis des savants :

« Les intellectuels qui s’intéressent à la politique économique ont à l’égard de la théorie économique une attitude tout à fait spéciale. Beaucoup de gens ont une opinion sur les questions juridiques, ou sur les problèmes de défense, mais ils admettent généralement que, pour discuter intelligemment de ces problèmes, il faut posséder un certain bagage spécialisé. On demande donc à celui qui doit commenter une affaire juridique d’avoir un diplôme de droit, ou à celui qui commentera les problèmes de défense d’avoir fait une carrière militaire, ou de fournir des preuves qu’il a étudié la question, etc. Mais lorsqu’il s’agit d’économie, et surtout de commerce international, l’opinion dominante est qu’il n’y faut aucune formation préalable. Les juristes, les spécialistes des sciences politiques, les historiens offrent joyeusement leur opinion et donnent souvent l’impression d’être parfaitement certains que tout ce que les professeurs d’économie peuvent avoir à dire sur le sujet (lequel est soigneusement maintenu dans le flou le plus artistique) est empreint de naïveté et tout simplement faux. »
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La mondialisation n'est pas coupable, La découverte

En l’espèce, Ulrich BECK est simplement passé à côté de l’une des lois les mieux admises des sciences économiques : la loi des avantages comparatifs (2).

Cette théorie est l'une des plus largement acceptée parmi les économistes. C'est aussi l'une des moins bien comprises des non économistes, qui confondent avantages comparatifs et avantages absolus. Ainsi affirme-t-on souvent que certains pays, certains individus ne disposeraient d'aucun avantage comparatif dans quelque domaine que ce soit. Ce qui est impossible.

En 1817, David Ricardo a démontré que tout un chacun, riche ou pauvre, dispose d'un avantage comparatif. Autrement dit, chacun peut trouver à s'insérer dans la division du travail.

Les économistes démontrent mathématiquement cette proposition (3). Mais on peut aussi l’exposer très simplement. C’est ce que fait Grégory MANKIW dans son remarquable manuel :

Michael Jordan est un des meilleurs joueurs de basket de la NBA. Il est probablement meilleur que la plupart des gens pour tout un tas d’activités. Par exemple, il pourrait tondre son jardin plus vite que quiconque. Cela suffit-il à justifier qu’il le fasse ? Supposons que Jordan puisse tondre son jardin en 2 heures. Dans le même temps, il pourrait tourner une publicité pour des chaussures de sport et gagner 10 000 dollars. A côté, sa voisine Jennifer pourrait tondre la pelouse de Jordan en 4 heures. Dans le même temps, elle pourrait gagner 20 dollars en travaillant chez McDonald’s.

Le coût d’opportunité de la tonte est de 10 000 $ pour Jordan et de 20 $ pour Jennifer. Jordan bénéficie d’un avantage absolu car il peut tondre sa pelouse plus rapidement que Jennifer, mais celle-ci jouit d’un avantage comparatif car son coût d’opportunité est moindre. L’intérêt de l’échange dans cet exemple est immense. Plutôt que de tondre sa pelouse, Jordan doit aller tourner sa publicité et embaucher Jennifer pour s’occuper du jardin. Tant qu’il la paie plus de 20 $ et moins de 10 000 $, chacun des deux est gagnant.

Grégory MANKIW / Principes de l’économie, 1998.

Moralité :

Depuis La Fontaine, on savait qu'

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde.
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.

Mais depuis Ricardo, chacun devrait savoir qu' On a toujours besoin d'un plus petit que soi.
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Las ! deux siècles plus tard, à écouter certains, la "fin du travail" privera bientôt de toute utilité économique les pauvres de France comme d'Afrique ! A l'évidence, la "difficile idée de Ricardo" demeure une idée neuve... Le combat continue...

Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.
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Notes

(1) Les meilleurs économistes spécialistes du sujet, de droite comme de gauche, s’accordent là-dessus: Bernard Salanié (Columbia), Thomas Piketty (EHESS), Pierre Cahuc (CREST) … Du reste, les analystes étrangers de la crise des banlieues ne s’y sont pas trompés -- Cf. Newsweek: It's About Jobs ; Wall Street Journal : French Lessons - How to create a Muslim underclass

(2) Paul Samuelson fut un jour mis au défi par le mathématicien Stanislaw Ulam de "nommer au moins une proposition des sciences sociales qui serait vraie sans être triviale." Il fallut à Samuelson plusieurs années pour trouver la réponse - la loi des avantages comparatifs : "That it is logically true need not be argued before a mathematician ; that it is not trivial is attested by the thousands of important and intelligent men who have never been able to grasp the doctrine for themselves or to believe it after it was explained to them."
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(3) Le producteur qui a le coût d’opportunité le plus faible bénéficie d’un avantage comparatif pour la production de ce bien. Dans cet exemple, il est mathématiquement impossible à une même personne d’avoir un avantage comparatif sur les deux biens à la fois. Comme le coût d’opportunité d’un bien est l’inverse du coût d’opportunité de l’autre, un coût d'opportunité plus élevé pour l’un des biens se traduira par un coût plus faible pour l’autre ... Cqfd
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ANNEXE
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Les nantis n’ont plus besoin des pauvres
Rémy Prud’homme (Univ. Paris-XII) - Le Monde-Eco, 29 nov. 1994

Hier, les riches avaient besoin des pauvres. C’était vrai des familles, des régions et des pays. La richesse des uns reposait au moins en partie sur la pauvreté des autres. « Le tout des riches est la somme du rien des pauvres », disait Victor Hugo. Il y avait de l’emphase et de l’exagération dans ces formules. Mais elles reflétaient des réalités. Le prince prélevait des impôts sur ses sujets. Le capitaliste asseyait son profit sur la plus-value. La métropole s’assurait des marchés et des matières premières dans ses colonies. Marx est le plus célèbre théoricien de ces relations de dépendance et d’exploitation des pauvres par les riches.

Aujourd’hui, dans nos sociétés développées, on peut dire que les vrais pauvres sont ceux qui n’ont pas d’emploi et pas de qualification, pas d’emploi parce que pas de qualification. Les processus de production sont devenus si perfectionnés, si rapides, si changeants, si techniques, qu’ils ont de plus en plus de mal à intégrer les laissés-pour-compte de l’école et de l’entreprise. C’est ce qui rend si dramatique le chômage, et largement vaines beaucoup des solutions proposées. Le partage du travail ? On ne partage pas un emploi nécessitant, par exemple, la connaissance du japonais entre quelqu’un qui connaît le japonais et quelqu’un qui ne le connaît pas. La réduction du coût du travail des chômeurs sans qualification ? Elle aiderait sûrement, mais la plupart des entreprises n’ont tout simplement pas besoin de ces travailleurs-là, même à 6 000 francs par mois.

Il en va de même des rapports entre nations. Le commerce a longtemps été présenté comme le vecteur de l’exploitation, l’échange était dit « inégal ». Cette thèse néo-marxiste, longtemps reflétée dans les manuels de géographie ou d’économie de nos lycées, a de moins en moins de croyants. Même Castro supplie les Etats-Unis de suspendre l’embargo, c’est-à-dire de faire du commerce. Mais Cuba n’a rien à vendre, si ce n’est un peu de soleil. Regardez le commerce international. Il se compose à 80 % d’échanges entre pays développés. La France achète et vend presque deux fois plus à la Belgique qu’à toute l’Afrique.

Cette nouvelle situation est dramatique, car elle n’est pas autocorrective. Lorsque les riches avaient besoin des pauvres, ils s’occupaient d’eux. L’exploitation impliquait en quelque sorte la solidarité. Ajoutez à cela, au moins à l’intérieur des nations, les mécanismes de la démocratie. Tant que les pauvres étaient majoritaires et électeurs, il arrivait que leurs élus obligent les riches à composer, à modérer l’exploitation, à redistribuer. Il en résultait un monde imparfait, certes, mais humain. Maintenant que les pauvres sont minoritaires et inutiles (aux riches), qui se souciera d’eux ? Comment éviter un monde complètement dichotomique et cauchemardesque dont les villes américaines - banlieues riches et centres misérables - offrent une préfiguration ?

Le pire n’est pas toujours sûr. La ligne entre pauvreté et richesse, entre ignorance et connaissance, n’est pas imperméable. Avec de l’éducation et de l’effort, il y a des familles, des régions, des pays, qui la franchissent. Reste que le problème de la pauvreté se pose dorénavant dans des termes très nouveaux. Le fondement de la solidarité ne peut plus être l’intérêt bien compris : il doit être la compassion désintéressée.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Juste une remarque : Daniel Cohen dans son dernier livre "La mondialisation et ses ennemis" montre bien, à mes yeux, comment, à l'échelle mondiale, la production se concentre dans certaines zones, les plus compétitives, et comment un grand nombre de pays africains sont spectateurs de la mondialisation mais n'y participent pas (ils ne sont même pas exploités comme le dénonçaient la grille d'analyse marxiste). Même si cela n'invalide pas le principe des avantages comparatifs, force est de constater qu'elle ne suffit pas pour que les gains qu'elles permettent soient mis en oeuvre (l'Etat joue d'ailleurs un rôle important dans la construction des avantages comparatifs comme le montre l'exemple asiatique).
Rodolphe Venot, un collègue de SES.

Albert du Pont aux Anes a dit…

Oui, mais si l'Afrique noire ne semble guère profiter de la mondialisation, cela tient primo à un problème politique (une partie de l'Afrique est à feu et à sang, une autre est saignée à blanc par des régimes kleptocratiques), et secundo aux effets de polarisation régionales théorisés par Paul Krugman et Anthony Venables. Sur ce point, je te renvoie à ce chapitre d'un article que j'avais autrefois fait paraître dans la revue IDEES

Le déterminisme géographique à l'épreuve de la mondialisation

« Bien souvent, écrit Paul Krugman, si la géographie naturelle importe tant, cela tient moins aux caractéristiques intrinsèques du décor naturel, qu’au fait qu’elle ait semé la graine qui cristallisera plus tard autour d’elle un mouvement d’agglomération auto-entretenu. » Il donne l’exemple de Mexico : « A l’origine, la concentration de la population et de la production dans la vallée de Mexico s’explique essentiellement par des raisons naturelles : avant la conquête espagnole, cette région était densément peuplée, du fait que les Aztèques y pratiquaient une forme d’agriculture intensive, rendue possible par la présence d’un immense lac. Il était donc naturel que naisse là l’un des principaux centres urbains du Mexique. Depuis, il n’y a plus de lac, ni véritablement d’agriculture dans la vallée. Aujourd’hui, Mexico se trouve là parce qu’elle est là. »

Sur ces inégalités d’origine naturelle vient se greffer un ensemble de forces centripètes, qui tend à concentrer dans les régions les plus développées l'essentiel de l'activité économique. A priori, compte tenu des coûts de transport, les entreprises ont intérêt à se localiser là où se trouvent leurs débouchés, ou leurs sources d’approvisionnement ; comme les consommateurs et les fournisseurs sont disséminés un peu partout, en bonne logique, les producteurs devraient l’être aussi. C’est la présence de rendements d’échelle croissants qui incite les firmes à s’agglomérer autour de certains foyers économiques.

En premier lieu, la recherche d’économies d’échelle incite les firmes à installer leurs sites de production là où se situent leurs principaux marchés ; par exemple, si une firme vend sur trois marchés A, B, C, représentant respectivement 40 %, 30 %, 30 % de son chiffre d’affaire, elle va choisir de produire en A plutôt qu’en B ou C. En second lieu, la concentration des activités dans l'espace est créatrice d’externalités positives : une entreprise produira de préférence où elle sait pouvoir trouver les meilleurs services, les meilleurs fournisseurs, les meilleurs travailleurs, les meilleures infrastructures, les meilleures techniques... Chaque firme faisant le même raisonnement, la croissance économique sera la plus élevée dans les régions les plus développées.

Mais la concentration de l’activité rencontre des limites. Passé un certain seuil, un ensemble de forces centrifuges tend à disperser les activités économiques dans l'espace. D’abord, dans la mesure où certains facteurs de production sont immobiles (e. g. le capital naturel), les entreprises ont intérêt à s'implanter là où se trouvent les moyens de produire. De même, le travail étant moins mobile que le capital, son coût tend à s’élever là où l’activité est le plus concentrée, et les entreprises sont alors incitées à se délocaliser dans les régions où les salaires sont plus bas. Ensuite, il faut compter avec les externalités négatives qui naissent de la concentration des activités dans un espace donné (congestion urbaine, pollution, criminalité, inflation des prix du foncier et de l’immobilier...).

La balance entre forces centrifuges et forces centripètes dépend du coût des transports et des communications. Aussi longtemps que ces coûts sont élevés, l’effet des rendements d’échelle croissants est tenu en respect : à la limite, chaque économie fonctionne alors en autarcie. Il en va de même lorsque ces coûts deviennent négligeables : en ce cas, la géographie n’a plus d’importance (il importe peu d’être proche de ses clients et fournisseurs). C’est par conséquent lorsque les coûts de transports et de communication ont suffisamment baissé tout en demeurant relativement élevés, que les effets d’agglomération seront les plus puissants.

Dans les premiers temps, la baisse des coûts de transport initie un processus de concentration en faveur de régions favorisées par la géographie (le chemin de fer a ainsi désindustrialisé le Mezzogiorno au profit de l'Italie du nord). A ce stade, les inégalités de revenus entre les régions qui bénéficient de ces effets d’agglomération et les autres se creusent de plus en plus.

Et puis, au fur et à mesure que baissent les coûts de transport, les forces centrifuges tendent à l'emporter sur les forces centripètes, et un processus de convergence s'amorce. Survient un moment où les avantages qu'une entreprise trouvait à se localiser au Centre sont annulés par les avantages qu'elle peut trouver à s'installer dans les Périphéries (moindre coût des facteurs, moindre congestion ...). Le cas du Viêt-nam illustre bien ce point.

La zone industrielle de Nomura à Haïphong (Nord Viêt-nam) est un désert industriel tandis qu’au Sud les zones industrielles poussent comme des champignons. Les exportations de la province de Dong Naï ont ainsi augmenté de 25 % l'an dernier, tandis que celles de Haïphong ont baissé de 10 %. La qualité des infrastructures, des services publics, de la main d'oeuvre, un climat culturel et politique plus favorable à l'entreprise au Sud, ont initialement concentré l'activité économique autour d'Ho Chi Minh Ville. Les forces centripètes ont joué à plein. Le moment du retour de balancier approche cependant : au Sud, les salaires sont désormais nettement plus élevés qu'au Nord, Ho Chi Minh Ville connaît des embouteillages monstres, aussi Ford a-t-il choisi d'implanter sa nouvelle usine au Nord, entre Hanoi et Haïphong.

Mais ce processus de convergence est lui-même inégalitaire. Toutes choses égales par ailleurs, ce sont les régions proches des grands centres économiques qui bénéficieront des délocalisations et des effets d’agglomération qui en découleront : actuellement, l’Asie du Sud-Est, l’Europe de l’Est, le bassin méditerranéen, le Mexique... les marchés vers lesquels les coûts de transport sont les plus bas.

Les pays tropicaux enclavés sont handicapés par le coût élevé des transports terrestres. En Afrique, si l’on se fie aux marges Caf/Fob calculées épisodiquement par le FMI, les pays enclavés supportent en moyenne des frais de transport deux fois plus élevés que les autres.

Par exemple, il en coûte 3 000 $ pour acheminer un container depuis Baltimore vers Abidjan, 7 000 $ vers Ouagadougou, 13 000 $ vers Bangui. De telles disparités affectent la capacité d’importer et d’exporter, et par conséquent la capacité d’un pays à se développer. Pour un produit vendu 100 $ en Europe, et dont la production en Afrique requiert 45 $ de biens de production importés et 15 $ d’inputs produits localement, l’enclavement géographique divise par trois la valeur ajoutée nette du secteur exportateur !

La baisse des coûts du fret maritime pourrait hâter le processus : pour l’ensemble des pays en développement, la Cnuced observe qu’ils représentaient 10,4 % de la valeur des importations en 1980, 8,6 % en 1990 et 8 % en 1997.

Cela dit,les différentiels de coûts de transports doivent probablement autant au sous-équipement qu’à la géographie. Quand on sait qu’entre Baltimore et Abidjan, les seuls frais portuaires augmentent de 80 % le prix de revient d’un container, et que le transport par camion revient 4 fois plus cher entre Abidjan et Ouagadougou qu’entre Anvers et Lausanne, par tonne kilométrique en Afrique noire qu’au Pakistan, il paraît possible de réduire considérablement les coûts de transport en investissant dans l’infrastructure routière, ferroviaire et portuaire.