12 avr. 2007

Durkheim et les suicides liés au travail

Plusieurs épidémies de suicides liés au travail ont récemment défrayé la chronique (chez Renault ou EDF cette année, chez les policiers, les buralistes, les gardiens de prisons, il y a peu…). Evidemment, les gens pressés en concluront que la souffrance au travail augmente. Mais, nous dit Durkheim, une épidémie revêt un caractère exceptionnel: ses causes sont "anormales et, le plus souvent, passagères" (Le Suicide, 1893). On ne saurait en inférer une hausse de la "disposition chronique" de la société au suicide. De fait, les taux de suicide sont en baisse sensible depuis 20 ans, en France comme aux Etats-Unis : cf. L'énigme du suicide et de la fracture sociale (L'Antisophiste).

Cela dit, une épidémie de suicides laisse penser que l’ "état général" du milieu local est perturbé. Différentes causes sociales expliquent cette "disposition collective du groupe qui se traduit sous forme de suicides multiples" : l'excès ou l'insuffisance de l'intégration, l'excès ou l'insuffisance de la réglementation. A ces quatre configurations idéaltypiques, Durkheim associe un type de suicide : le suicide égoïste, le suicide altruiste, le suicide anomique, et le suicide fataliste.
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A l'analyse, il nous semble que les épidémies récentes de suicides peuvent parfaitement se concilier avec chacun des quatre grands types théoriques identifiés par Durkheim. Bien entendu, les causes pouvant se combiner, la plupart des cas relèvent sans doute d'une forme mixte.
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Le suicide au travail, symptôme d’une intégration inadéquate (excessive ou insuffisante)

« Dans l'ordre de la vie, écrit Durkheim, rien n'est bon sans mesure... Quand l'homme est détaché de la société, il se tue facilement, il se tue aussi quand il y est trop fortement intégré ».[1]

Le suicide égoïste

Durkheim qualifie d’égoïsme « cet état où le moi individuel s'affirme avec excès en face du moi social et aux dépens de ce dernier ». Le suicide égoïste serait ainsi le produit d'une individuation excessive : si « le lien qui rattache l'homme à la vie se relâche », c’est que « le lien qui le rattache à la société s'est lui-même détendu ».

On peut, en suivant Durkheim, distinguer trois grands types de suicides égoïstes:

¤ le suicide romantique lamartinien, dont Raphael constitue le type idéal. Ici, l’individu s’est à ce point détaché de la société, son moi social est si vide, que l’être tout entier s’absorbe dans la contemplation du vide et, pour finir, cède à son attraction. Passons...

¤ le suicide des isolés, dont le type idéal serait, selon Baudelot & Establet, le Père Leras (le personnage d’une nouvelle de Maupassant : Promenade). Dans les Méditations pascaliennes, Bourdieu résume bien la cause sociale qui est ici à l’oeuvre : « On pourrait, relisant Le Suicide…, observer que la propension à se donner la mort varie en raison inverse de l'importance sociale reconnue et que, plus les agents sociaux sont dotés d'une identité sociale consacrée, celle d'époux, de père ou de mère de famille, etc., plus ils sont à l'abri de la mise en question du sens de leur existence (c'est-à-dire les mariés plus que les célibataires, les mariés chargés d'enfants plus que les mariés sans enfants, etc.). Le monde social donne ce qu'il y a de plus rare, de la reconnaissance, de la considération, c'est-à-dire, tout simplement, de la raison d'être ».

Dans cet ordre d’idées, un individu, auquel le travail fournit l’essentiel de sa raison d’être sociale, peut perdre toute raison de vivre quand il rencontre de graves difficultés professionnelles. Une enquête réalisée par la Fédération Française de Santé au Travail de Basse-Normandie, en Juin 2003[2], et portant sur 107 cas de suicides ou de tentatives de suicides liés au travail, révèle que, dans un cas sur deux, la victime avait fait part aux médecins du travail de difficultés familiales (séparations, problèmes avec les enfants) ou financières, et, dans la même proportion, de ses soucis professionnels. Parmi ces derniers, revenaient le plus souvent les "difficultés d'adaptation à un nouveau rythme, à un nouvel environnement, de nouvelles tâches", notamment après des "restructurations mal vécues", et la "peur de ne pas y arriver", qui traduit le décalage entre les exigences du poste et les possibilités de l’employé. Le rapport d’enquête conclut : « Ce qui paraît essentiel dans le passage à l'acte est l'isolement de la personne dans un système où il ne peut plus se raccrocher, ni à son travail qu'il ne maîtrise plus, ni à ses valeurs qui sont battues en brèche. Il n'est plus reconnu, il ne peut plus trouver d'aide parmi les collègues de travail, la hiérarchie devient indifférente sinon hostile… la personne perd pied ». On est bien ici dans une dérive d’exclusion. Quand la participation de l’individu à la vie sociale se résume à l’emploi, l’intégration ne tient plus qu’à un fil. Que les liens à l’emploi se relâchent, et la dépression guette les plus fragiles.

¤ Mais le suicide égoïste n’est pas seulement le fait d’individus isolés. Durkheim cite le cas des « viveurs ». Ces derniers, « quand le moment inévitable est arrivé où ils ne peuvent plus continuer leur existence facile, se tuent avec une tranquillité ironique et une sorte de simplicité » : c’est le « suicide épicurien ».

L’hédonisme commande de profiter de la vie autant qu’on peut, et d’y renoncer quand on ne le peut plus, ie quand on ne peut plus accéder au plaisir et éviter la peine. Epicure, écrit Durkheim, « sentait bien que… le plaisir sensible est un lien bien fragile pour rattacher l'homme à la vie ». Aussi exhortait-il ses disciples « à se tenir toujours prêts à en sortir, au moindre appel des circonstances ».

Il est possible que certains suicides liés au travail s’expliquent ainsi. Tel individu souffre dans un emploi auquel il est mal ajusté. Par ailleurs, sa santé est défaillante, sa vie privée bat de l’aile. Ses meilleures années sont derrière lui et il réalise qu’il n’a plus grand-chose de bon à attendre de la vie. Le principe de Cioran – « n’était l’hypothèse du suicide, il y a longtemps que je me serais tué » -- ne le retient plus de se donner la mort. Bref, comme il retire de moins en moins de satisfaction de son travail et de la vie en général , l’individu perd peu à peu le goût de vivre.

Dans tous les cas, le suicide égoïste atteste que « l’homme tient d’autant moins à soi qu’il ne tient qu’à soi » (L’Education morale).

Le suicide altruiste

Tandis que le suicide égoïste « vient de ce que la société, désagrégée sur certains points ou même dans son ensemble, laisse l'individu lui échapper », le suicide altruiste vient « de ce qu'elle le tient trop étroitement sous sa dépendance ». Dans un cas, « les hommes n'aperçoivent plus de raison d'être à la vie » ; dans l’autre, « cette raison leur paraît être en dehors de la vie elle-même ».

Durkheim distingue trois types de suicides altruistes :

¤ le suicide altruiste aigu, dont le suicide mystique constitue le type idéal (eg, les premiers martyrs chrétiens ou les adeptes de la secte japonaise Amida). Passons…

¤ le suicide altruiste obligatoire, où l'homme se tue par devoir. S'il « persiste à vivre, l'estime publique se retire de lui : ici, les honneurs ordinaires des funérailles lui sont refusés, là, une vie affreuse est censée l'attendre au delà du tombeau. La société pèse donc sur lui pour l'amener à se détruire ». Durkheim cite le cas de ces hommes qui, vieux ou malades, devancent la mort pour ne pas être à charge, le suicide de femmes à la mort de leur mari, le suicide d’esclaves à la mort de leur maître. Ce type de suicide est typique des sociétés primitives, où la « personnalité individuelle compte pour bien peu de chose », l'individu étant « presque totalement absorbé dans le groupe ».

¤ le suicide altruiste facultatif, dans lequel « l'homme se tue sans être expressément tenu de se tuer », notamment parce qu’il y va de son honneur et de celui des siens. Durkheim cite le cas de ces « soldats qui préfèrent la mort à l'humiliation de la défaite », ou de ces « malheureux qui se tuent pour éviter une honte à leur famille ». Ceux-là « renoncent à la vie » pour « quelque chose qu'ils aiment mieux qu'eux-mêmes ». Mais, « dans nos sociétés contemporaines, où la personnalité individuelle est de plus en plus affranchie de la personnalité collective, de pareils suicides ne sauraient être très répandus ».
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Il existe toutefois « un milieu spécial où le suicide altruiste reste à l'état chronique : c’est l'armée ». On trouve chez le soldat « une sorte d'impersonnalité que l'on ne rencontre nulle part, au même degré, dans la vie civile ». Le soldat est « exercé à faire peu de cas de sa personne, puisqu'il doit être prêt à en faire le sacrifice dès qu'il en a reçu l'ordre ». Même en temps de paix, « la discipline exige qu'il obéisse sans discuter et même, parfois, sans comprendre ». Bref, « le soldat a le principe de sa conduite en dehors de lui-même ; ce qui est la caractéristique de l'état d'altruisme... Sous l'influence de cette prédisposition, il se tue pour la moindre contrariété, pour les raisons les plus futiles, pour un refus de permission, pour une réprimande, pour une punition injuste, pour un arrêt dans l'avancement, pour une question de point d'honneur, pour un accès de jalousie passagère ou même, tout simplement, parce que d'autres suicides ont eu lieu sous ses yeux ou à sa connaissance. Voilà, en effet, d'où provien­nent ces phénomènes de contagion que l'on a souvent observés dans les armées ».

Ce cas du suicide militaire peut être transposé pour éclairer certains suicides récents. Ces derniers tiendraient à une assimilation excessive de la culture de l’entreprise, d’où l’individu tirerait l’essentiel de sa raison d’être sociale : il aurait épousé corps et âme les valeurs de l’entreprise, son projet, intériorisé à l’excès ses normes, au point que sa personnalité individuelle serait absorbée dans la personnalité sociale, son intérêt privé dans l’intérêt social. A partir de là, toute mise en cause de sa compétence (un bilan d’évaluation négatif, un refus de promotion), ou la perspective d’une mise à l’écart (on confie à d’autres les responsabilités et les projets les plus vitaux pour l‘entreprise) peut suffire à déstabiliser complètement un individu qui tient d’autant moins à soi qu’il n’a plus de soi.

L’exemple suivant me paraît relever typiquement du suicide altruiste :

"Jusque-là, A. avait eu une carrière sans histoire. Ses trois dernières évaluations annuelles avaient été très positives. La situation a commencé à se dégrader à partir de septembre 2006. "Il se sentait jugé en permanence, il avait l'impression qu'aucune erreur ne lui serait pardonnée. Le travail devenait pour lui obsessionnel", affirme S. Son mari rentrait du Technocentre de plus en plus tard. "Quand il arrivait, c'était pour se remettre au travail, il n'hésitait pas à déranger systématiquement des collègues en plein week-end pour faire le point sur un dossier", raconte-t-elle. A l'automne, sa hiérarchie veut l'envoyer en mission en Roumanie pendant dix-huit mois. "Il n'osait pas refuser, mais il était angoissé de nous laisser, insiste S. Sur la fin, il ne dormait plus que deux heures par nuit. Il avait perdu 8 kilos. Le matin de son suicide, il était tellement à bout de nerfs qu'au moment de son départ j'ai essayé de le retenir pour que nous allions ensemble voir le médecin. Il a refusé en me disant qu'il avait une réunion très importante à 8 heures." La réunion se serait mal passée, selon plusieurs témoins. "Il avait du mal à se défendre lorsque sa hiérarchie le prenait à partie", raconte un collègue. Les mises en cause de ses compétences devenaient de plus en plus fréquentes, selon d'autres. A 10 heures, l'ingénieur se jetait dans le vide devant plusieurs dizaines de personnes. En apprenant la nouvelle, sa supérieure hiérarchique a dû être conduite à l'hôpital en état de choc". (Suicide au bureau -- Le Monde du 17 mars 2007)


Le suicide au travail, symptôme d’une régulation inadéquate (excessive ou insuffisante)

« Dans l'ordre de la vie, rien n'est bon sans mesure ». Quand l'homme n’est pas assez réglé par la société, il se tue facilement ; il se tue aussi quand il est réglé de façon excessive. Le suicide anomique (et son symétrique, le suicide fataliste) diffère des précédents « en ce qu'il dépend, non de la manière dont les individus sont attachés à la société, mais de la façon dont elle les réglemente ».

Le suicide anomique

Selon Durkheim, l’homme ne peut être heureux que si ses désirs sont « en rapport avec ses moyens ». Or, « en tant qu'ils dépendent de l'individu seul », les désirs sont illimités. Des désirs illimités étant « insatiables par définition », la sensibilité, livrée à elle-même, est « un abîme sans fond que rien ne peut combler ».

Quand bien même il serait vrai que « la chasse importe plus que la prise », l’homme, nous dit Durkheim, a besoin de sentir « que ses efforts ne sont pas vains et qu'en marchant il avance ». Or, « on n'avance pas quand on ne marche vers aucun but ou, ce qui revient au même, quand le but vers lequel on marche est à l'infini ». [3]

Si donc l’on veut réaliser ses passions, il faut trouver le moyen de les limiter. Ce pouvoir moral, seule la société peut l’exercer. Elle seule a « l'autorité nécessaire pour dire le droit et marquer aux passions le point au-delà duquel elles ne doivent pas aller ».

C’est pourquoi, dans toutes les sociétés, il existe une « réglementation » qui définit, dans certaines limites – « à l'intérieur desquelles les désirs peuvent se mouvoir avec liberté » --, une hiérarchie relativement stable des fonctions et des rémunérations. « C'est cette limitation relative et la modération qui en résulte qui font les hommes contents de leur sort tout en les stimulant avec mesure à le rendre meilleur. » Bien entendu, l’inégalité des positions n’est tenue pour légitime que si les procédures pour y accéder sont elles-mêmes ressenties comme justes. « Le travailleur n'est pas en harmonie avec sa situation sociale, s'il n'est pas convaincu qu'il a bien celle qu'il doit avoir. S'il se croit fondé à en occuper une autre, ce qu'il a ne saurait le satisfaire ». Il faut donc aussi une « réglementation » qui prévoit les critères d’accès aux différentes positions : la naissance autrefois; aujourd’hui, l’héritage et, de plus en plus, le mérite.

Mais, sous l’effet du progrès économique, la hiérarchie des fonctions et des rémunérations est continûment bouleversée et, avec elle, « l'échelle d'après laquelle se réglaient les besoins ». Dans ces conditions, « on ne sait plus ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, ce qui est juste et ce qui est injuste, quelles sont les revendications et les espérances légitimes, quelles sont celles qui passent la mesure. Par suite, il n'est rien à quoi on ne prétende… Les appétits, n'étant plus contenus par une opinion désorientée, ne savent plus où sont les bornes devant lesquelles ils doivent s'arrêter. »

Depuis 1897, le changement structurel, la destruction créatrice, les nouveaux modes de gestion de la main d’oeuvre redistribuent toujours plus vite les positions. Ainsi, une récente enquête de l’Insee montre que la mobilité professionnelle verticale continue de progresser dans notre pays. Dès lors, chacun « est entraîné… mais sans règle et sans mesure, à se dépasser perpétuelle­ment soi-même ».

Profondément installée au cœur du système de valeur des sociétés modernes, l’anomie est devenue « un facteur régulier et spécifique de suicides », l’ « une des sources auxquelles s'alimente le contingent annuel ». Voici comment Durkheim rend compte de sa nature suicidogène : « Du haut en bas de l'échelle, les convoitises sont soulevées sans qu'elles sachent où se poser définitivement. Rien ne saurait les calmer, puisque le but où elles tendent est infiniment au delà de tout ce qu'elles peuvent atteindre. Le réel paraît sans valeur au prix de ce qu'entrevoient comme possible les imaginations enfiévrées ; on s'en détache donc, mais pour se détacher ensuite du possible quand, à son tour, il devient réel. On a soif de choses nou­velles, de jouissances ignorées, de sensations innommées, mais qui perdent toute leur saveur dès qu'elles sont connues. Dès lors, que le moindre revers survienne et l'on est sans forces pour le supporter. Toute cette fièvre tombe et l'on s'aperçoit combien ce tumulte était stérile et que toutes ces sensations nouvelles, indéfiniment accumulées, n'ont pas réussi à constituer un solide capital de bonheur sur lequel on pût vivre aux jours d'épreuves. (...) La fatigue, du reste, suffit, à elle seule, pour produire le désenchantement, car il est difficile de ne pas sentir, à la longue, l'inutilité d'une poursuite sans terme. »

En contexte d’anomie progressive chronique, Durkheim voit poindre trois types de suicides :

- le suicide de frustration : l’individu « manque le but qu'il se croyait capable d'atteindre, mais qui, en réalité, excédait ses forces ; c'est le suicide des incompris, si fréquent aux époques où il n'y a plus de classement reconnu. »

Ce type de suicide correspond au cas du salarié, avide de promotion sociale, qui bosse comme un damné pour « arriver » et qui n’arrive nulle part, soit qu’il s’épuise à la tâche (burn out), soit qu’il ne peut obtenir la promotion convoitée (eg, le professeur qui échoue à l’agrégation); ce peut-être aussi le salarié surdiplômé qui ne parvient pas à obtenir un poste correspondant à l’idée qu’il se fait de sa valeur.

On pourrait incriminer les modes de gestion de la main d’œuvre qui, en récompensant les plus performants, en mettant en concurrence les salariés, les font monter plus haut sur l’échelle des illusions. La lutte des places laissent les vaincus brisés, vidés, sans ressort, voués à la dépression. Mais n’en va-t-il pas de même dans notre système scolaire, et plus généralement dans l’ensemble des jeux sociaux contemporains ?

L’anomie progressive chronique, nous dit Durkheim, « en affranchis­sant les besoins de la mesure qui convient, ouvre la porte aux illusions et, par suite, aux déceptions ». L’égalité croissante des "conditions de la lutte" a étendu le domaine de la lutte : "ils ont détruit les privilèges… de quelques-uns… ; ils rencontrent la concurrence de tous" (Tocqueville).
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Dans la société, ou dans l'entreprise, malheur aux vaincus ! Comme au Technocentre :

Depuis quelques années, le nombre d'ingénieurs a fortement augmenté : ils sont désormais 4 000. Résultat : "il y a de moins en moins de perspective d'évolution, car les postes de responsabilité n'ont pas augmenté dans les mêmes proportions, cela a créé une compétition féroce et beaucoup de frustration, souligne M. Nicolas. A côté, vous avez des techniciens, plutôt âgés, qui ont l'expérience pour eux, mais qui ont moins de facilités pour se "vendre" lors des entretiens individuels. Même s'ils bossent les week-ends et tard le soir, il y a peu de chances qu'ils accèdent à l'échelon supérieur. En termes d'estime de soi, cela peut avoir des effets dévastateurs." (Le deuil au cœur de Renault, Le Monde du 1er février 2007).

L’estime de soi dépend en effet du rapport entre nos réalisations et nos aspirations. "Sans tentative, écrit William James, il ne peut y avoir d’échec, et sans échec, d’humiliation. Donc l’estime de soi en ce monde dépend entièrement de ce qu’on se propose d’être et de faire."[4]
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Pour ces raisons, l’anomie progressive chronique constitue un terrain propice à la hausse du suicide. C’est la rançon du progrès économique et de l'égalité sociale.

- le suicide de réussite : l’individu, auquel la vie avait jusque là toujours souri, « vient se heurter tout à coup à une résistance qu'il ne peut vaincre, et il se défait avec impatience d'une existence où il se trouve désormais à l'étroit ». Durkheim donne l’exemple des « artistes qui, après avoir été comblés de succès, se suicident pour un coup de sifflet entendu, pour une critique un peu sévère, ou parce que leur vogue cesse de s'accroître ». Ce peut être aussi le cadre auquel tout a réussi (études, vie familiale, vie professionnelle), mais qui, au seuil de la cinquantaine, se voit préférer son rival pour le poste de direction qu’il convoitait. L’horizon se ferme brutalement devant lui.

- le suicide bovaryque : même quand ils n’ont pas formellement connu d’échec, certains individus « en viennent d'eux-mêmes à se lasser d'une poursuite sans issue possible, où leurs désirs s'irritent au lieu de s'apaiser. Ils s'en prennent alors à la vie en général et l'accusent de les avoir trompés. » Durkheim donne l’exemple du René de Chateaubriand, qui incarne, selon lui, le type idéal de l’inassouvi: « On m'accuse d'avoir des goûts inconstants, de ne pouvoir jouir longtemps de la même chimère, d'être la proie d'une imagination qui se hâte d'arriver au fond de mes plaisirs comme si elle était accablée de leur durée. On m'accuse de passer toujours le but que je puis atteindre. Hélas ! je cherche seulement un bien inconnu dont l'instinct me poursuit. Est-ce ma faute si je trouve partout les bornes, si ce qui est fini n'a pour moi aucune valeur ? [5]» Pour Philippe Besnard, « on est bien là au cœur de la problématique durkheimienne de l'anomie ». L'homme se perd dans l'infini du désir car le « point terminal [...] se dérobe à mesure qu'on avance » (L’Education morale, p. 35). Ses aspirations élevées se heurtent sempiternellement à la médiocrité du réel. On pense au salarié perpétuellement insatisfait. Sitôt promu à un poste, il convoite le poste supérieur. Il rêve de Shanghai à Paris et de Paris à Shanghai, des vacances quand il est au travail, et du travail quand il est en vacances… Vient un jour où, revenu de tout, las et désenchanté, il est arrivé jusqu’à la lassitude du désir. [6]

Fondamentalement, nous dit Durkheim, l'homme ne peut être heureux que si ses aspirations sont en rapport avec ses facultés. Une idée que Bossuet a bien formulée : « La félicité demande deux choses : pouvoir ce qu’on veut, vouloir ce qu’il faut »[7]. Las ! dans la société moderne, les hommes souffrent du mal de l’infini : ils veulent l’impossible…

Le suicide fataliste

Le suicide fataliste n’est abordé par Durkheim que dans une note, tout à la fin du chapitre sur le suicide anomique. Après avoir analysé la suicidité atypique de la femme mariée sans enfant et des jeunes époux, il écrit : « On voit par les considérations qui précèdent qu'il existe un type de suicide qui s'oppose au suicide anomique, comme le suicide égoïste et le suicide altruiste s'opposent entre eux. C'est celui qui résulte d'un excès de réglementation ; celui que commettent les sujets dont l'avenir est impitoyablement muré, dont les passions sont violemment comprimées par une discipline oppressive. C'est le suicide des époux trop jeunes, de la femme mariée sans enfant. Pour être complet, nous devrions donc constituer un quatrième type de suicide. Mais il est de si peu d'importance aujourd'hui et, en dehors des cas que nous venons de citer, il est si difficile d'en trouver des exemples, qu'il nous paraît inutile de nous y arrêter. Cependant, il pourrait se faire qu'il eût un intérêt historique. N'est-ce pas à ce type que se rattachent les suicides d'esclaves que l'on dit être fréquents dans de certaines conditions, tous ceux, en un mot, qui peuvent être attribués aux intempérances du despotisme matériel ou moral ? Pour rendre sensible ce caractère inéluctable et inflexible de la règle sur laquelle on ne peut rien, et par opposition à cette expression d'anomie que nous venons d'employer, on pourrait l'appeler le suicide fataliste. »

Ainsi, le suicide fataliste serait dû à un « excès de réglementation ». Mais cette rigidité de la règle ne s'apprécie qu’en relation avec l’intensité du désir. Et de fait, si le mariage homogamique exerce une contrainte excessive sur les jeunes époux, c’est que leurs passions « sont alors trop tumultueuses… pour pouvoir se soumettre à une règle aussi sévère », tandis qu’à l’inverse, dans le cas de la femme mariée sans enfants, la règle s’avère inutilement rigide car ses désirs sexuels sont naturellement bornés. Et Philippe Besnard d’observer que « dans le rapport entre le désir et la règle, ce n'est pas la règle qui varie, et qui apparaît comme une variable indépendante, mais le désir »[8].

C’est pourquoi, conclut Philippe Besnard, « le principe du fatalisme serait moins l'excès de la règle que l'impossibilité d'intérioriser une règle inacceptable ».

Ainsi, les esclaves se suicidaient parce qu’il leur était impossible d’intérioriser des règles qu’ils ressentaient comme injustes et illégitimes. Injustes parce qu’une forte « contrainte extérieure » les empêchait d’accéder à des positions en rapport avec leurs facultés. C’est là une situation extrême de « division du travail contrainte », dont Durkheim fit la théorie dans sa thèse (DTS, 1893) et qui lui inspira cette conclusion : « iI ne suffit pas qu'il y ait des règles, il faut encore qu'elles soient justes » (p. 403). Illégitimes, parce que les nouvelles normes font obstacle aux aspirations développées dans le milieu d’origine. C’est là une configuration typique de l’anomie régressive étudiée dans Le Suicide.

Ainsi reformulé, le concept de fatalisme s’applique parfaitement à deux situations étudiées par Durkheim : l’anomie régressive et la division du travail contrainte.

¤ La division du travail contrainte représente la seconde forme pathologique de division du travail identifiée dans la DTS. Durkheim en donne pour exemple la lutte des plébéiens et des patriciens. Avec les progrès de la civilisation romaine, les premiers « étaient devenus plus intelligents, plus riches, plus nombreux… et leurs goûts et leurs ambitions s'étaient modifiés en conséquence. Par suite de ces transformations, l'accord se trouve rompu… entre les aptitudes des individus et le genre d'activité qui leur est assigné ; la contrainte seule… les lie à leurs fonctions ».

La contrainte extérieure qu’évoque ici Durkheim est injuste, car « la réglementation ne correspond plus à la nature vraie des choses » ; elle est par suite illégitime puisque, « n'ayant plus de base dans les mœurs », elle « ne se soutient que par la force ».

A la division du travail contrainte, Durkheim oppose la division du travail spontanée, dans laquelle « les individus ne sont pas relégués par la force dans des fonctions déterminées », et où « aucun obstacle… ne les empêche d'occuper dans les cadres sociaux la place qui est en rapport avec leurs facultés ». La contrainte extérieure cède le pas à "l'égalité dans les conditions extérieures de la lutte". Il en résulte que « les inégalités sociales expriment exactement les inégalités naturelles ».

Dans nos sociétés démocratiques, ce type de contrainte est, selon Durkheim, condamné à disparaître. Raison pour laquelle, très vraisemblablement, il n’a pas cru bon de développer plus avant sa notion de suicide fataliste (« il est de si peu d'importance aujourd'hui ... qu'il nous paraît inutile de nous y arrêter »). Et de fait, si la division du travail contrainte est en recul, sa contribution au « contingent annuel » l’est aussi.

¤ Il existe toutefois une autre forme de fatalisme, non identifiée comme telle par Durkheim, mais qu’il a intégrée dans son analyse des formes d’anomie aigue : c’est l’anomie régressive.

« Dans les cas de désastres économiques, il se produit comme un déclassement qui rejette brusquement certains individus dans une situation inférieure à celle qu'ils occupaient jusqu'alors. Il faut donc qu'ils abaissent leurs exigences, qu'ils restreignent leurs besoins, qu'ils apprennent à se contenir davantage. Tous les fruits de l'action sociale sont perdus en ce qui les concerne ; leur éducation morale est à refaire. Or, ce n'est pas en un instant que la société peut les plier à cette vie nouvelle et leur apprendre à exercer sur eux ce surcroît de contention auquel ils ne sont pas accoutumés. Il en résulte qu'ils ne sont pas ajustés à la condition qui leur est faite et que la perspective même leur en est intolérable ; de là des souffrances qui les détachent d'une existence diminuée avant même qu'ils en aient fait l'expérience ».

« Ne retrouve-t-on pas là les traits essentiels du fatalisme ?, écrit Philippe Besnard. Il y a bien impossibilité d'intérioriser de nouvelles normes trop contraignantes par rapport aux aspirations et considérées comme inacceptables » (op. cit.)

Philippe Besnard a relevé un autre trait caractéristique du fatalisme que l’on retrouve dans l'anomie régressive : c’est « le sentiment de ne pas avoir de prise sur son sort ("la règle sur laquelle on ne peut rien") ». Ainsi, le déclassé sent "lui échapper une situation dont il se croyait le maître". Comme pour la femme mariée, "l'avenir est impitoyablement muré" et, comme pour les jeunes époux, la règle apparaît comme « un obstacle insupportable » auquel les « désirs viennent se heurter et se briser ».

Exemples actuels de suicides fatalistes

¤ Les salariés maîtrisaient "le mode d'emploi" de l'ancienne organisation du travail ; et voilà qu’à la faveur d’une soudaine réorganisation, les objectifs changent, de nouvelles normes de qualité, de productivité sont instituées, avec des indicateurs, des procédures, un système d’évaluation auxquels les travailleurs ne sont pas habitués. Il y a un décalage insupportable entre ce que l'on croit juste -- la conscience professionnelle "à l'ancienne" -- et les nouveaux comportements exigés. Un jeune n'ayant pas encore été "socialisé" professionnellement ne ressentirait pas les nouvelles règles comme illégitimes, absurdes, contre-productives, ou inutiles: il intègrerait petit à petit les règles qui vont avec les exigences ; en revanche, un salarié ayant connu d'autres normes ressent intensément leur caractère insupportable. Ce type de configuration pourrait expliquer certains suicides survenus récemment dans les centrales d’EDF.

¤ Alternativement, les règles peuvent être parfaitement rationnelles, au sens où leur raison d’être économique n’est pas en cause, mais elles paraissent hors de portée des travailleurs tels qu’ils sont, en particulier les plus anciens. Les règles d’hier, qu’ils avaient bien intériorisées et auxquelles ils s’étaient vaille que vaille bien adaptés, ne marchent plus, et ils se sentent trop vieux pour s’adapter aux nouvelles règles. Soit qu’elles demandent des compétences relationnelles (travail en collaboration, réunions de projets, entretien d’évaluation), ou techniques (maîtrise de nouveaux logiciels, de nouvelles procédures), auxquelles ils n’ont jamais été préparés ; soit qu’elles demandent une implication dans l’entreprise en termes de disponibilité (temps, horaires), ou de rendement auxquels ils ne sont pas habitués et, qu’à leur âge, ils trouvent insupportable.

La règle apparaît d’autant plus inacceptable qu’elle n’a jamais été négociée, ou simplement expliquée. Elle apparaît imposée d’en haut sans que jamais les salariés aient eu le sentiment d’avoir été réellement associés à son élaboration. En ce sens, elle est ressentie comme illégitime. Ce type de configuration pourrait expliquer certains suicides survenus récemment au Technocentre de Renault. Par exemple, le cas de R.

Ses collègues lui avaient pourtant répété : «Lâche ! Mais lâche prise ou tu vas péter un câble !» R., 38 ans, n'a pas lâché. Il s'est pendu à l'aide d'un ceinturon. C'est le troisième salarié du technocentre qui se suicide en quatre mois… «Chaque fois, c'est le même profil, estime Vincent Neveu, délégué central adjoint CGT pour l'ingénierie et le tertiaire. Des ingénieurs ou des techniciens très engagés dans leur travail et qui avaient un fort besoin de reconnaissance.» R. allait passer cadre. Selon le Parisien, il aurait laissé une lettre à sa famille expliquant qu'il ne se sentait «pas capable de faire ce travail», que le travail «était trop dur à supporter». (Libération)

On a bien, dans ces différents cas, une configuration de fatalisme aigu. Aigu parce que normalement transitoire. Les vieux travailleurs finiront par partir en retraite ou par rentrer dans le rang, soit qu’ils se seront finalement adaptés à la norme, soit que la norme se sera adaptée à eux. Au Technocentre, à EDF, les DRH sont à pied d’œuvre pour résoudre autant que possible ce type de mal-ajustement, forcément contreproductif.

Dans les organisations bureaucratiques de la fonction publique, en revanche, où l’exigence de productivité est plus relâchée, on peut se retrouver dans des situations de fatalisme chronique. C’est le cas dans la Police ou l’Education nationale, où les fonctionnaires sont exposés à de multiples injonctions contradictoires, au point d’être parfois dans l’incapacité d’accomplir leur mission. Ainsi, la vocation du policier est de veiller à la sécurité des biens et des personnes, mais, hors cas de légitime défense, il ne peut faire usage de son arme, même pour un flagrant délit ; quand il est en patrouille, il rencontre souvent des jeunes délinquants, maintes fois interpellés, et sitôt relâchés par la justice au motif qu’ils sont mineurs. De même, certains professeurs ont le sentiment que le niveau d’exigence s’est effondré, que les diplômes sont bradés; ils voient se multiplier les innovations pédagogiques, les réformes, les réunions, les projets, qu'ils jugent plus absurdes, inutiles et inefficaces les unes que les autres ; de façon générale, les pratiques leur paraissent en totale contradiction avec les missions de l’Ecole républicaine, si bien qu'ils ne perçoivent plus très bien le sens et l’utilité de leur travail.

Aussi voit-on se développer dans la fonction publique les conduites de retrait et de ritualisme, deux types d’adaptations à l’anomie mertonienne qui correspondent assez bien au fatalisme durkheimien.

Combinaisons

Comme le précise Durkheim, les différentes formes de suicides qu’il a identifiées « ne se présentent pas toujours dans l'expérience à l'état d'isolement et de pureté » ; au contraire, « il arrive très souvent qu'elles se combinent entre elles de manière à donner naissance à des espèces composées ». La raison en est que « les différentes causes sociales du suicide peuvent… agir simultanément sur un même individu et mêler en lui leurs effets ».

Deux causes ont l'une pour l'autre « une affinité spéciale » : l'égoïsme et l'anomie. En effet, l'égoïste présente une certaine disposition au dérè­gle­ment : comme il est détaché de la société, celle-ci n’a pas « assez de prise sur lui pour le régler ». Mais il peut se faire que, « pour combler le vide qu'il sent en lui », l’égoïste est en quête d’expériences nouvelles, de quelque défi. Las ! Cet être de peu de passion a tôt fait de se lasser et de revenir à « sa mélancolie première ».

L'anomie peut également s'associer à l'altruisme. Ainsi, « il arrive souvent qu'un homme ruiné se tue autant parce qu'il ne veut pas vivre avec une situation amoindrie que pour épargner à son nom et à sa famille la honte de la faillite ». L'anomie peut enfin s'associer au fatalisme. Ainsi, le déclassement est vécu d’autant plus douloureusement qu’il a lieu sur un fonds d'anomie progressive : « quand on n'a pas d'autre but que de dépasser sans cesse le point où l'on est parvenu », il est « douloureux d'être rejeté en arrière ». Et la brusque fermeture de l’horizon paraît d’autant plus « insupportable » que les désirs étaient illimités.

Conclusion

Dans quelque type qu’on les classe, les suicides liés au travail nous renseignent sur l’importance du travail. Une étude récente de l'Insee le montre bien [9]. Quand on demande aux actifs quels sont les domaines de la vie les plus importants pour être heureux, le travail arrive en troisième position, après la santé et la famille. Mais les précaires et les chômeurs le classe en tête. D'ailleurs, de toutes les PCS, c'est chez les chômeurs que le taux de suicide est le plus élevé. « You don’t know what you’ve got til it’s gone », chantait Joni Mitchell.
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Notes
[1] sauf mention contraire, toutes les citations sont tirées du Suicide, PUF Quadrige
[2] ce rapport peut être consulté ici
[3] chez Durkheim, remarque Philippe Besnard (L’anomie, PUF Sociologies), l'illimitation du désir ne se distingue pas de l'indétermination de son objet. Ainsi, c’est parce qu’il « assigne au besoin d'aimer un objet rigoureusement défini » que le mariage « ferme l'horizon » et met une limite aux désirs des époux. En revanche, là où existe la possibilité du divorce, « on ne peut pas ne pas porter ses regards au-delà du point où l'on est ». De façon générale, pour échapper au « mal de l'infini », il faut à l'action humaine un objet précis « qui la limite en la déterminant » (L'Education morale, 35).
[4] Cité par Alain de Botton, Du statut social, Mercure de France, 2005
[5] René, 1802.
[6] Durkheim cite Sénèque : « Combien de gens appellent la mort, lorsque, après avoir essayé de tous les changements, ils se trouvent revenir aux mêmes sensations, sans pouvoir rien éprouver de nouveau ». De tranquillitate animi. Cf. Lettre XXIV.
[7] Sermon sur l’ambition, où Bossuet reprend St Augustin.
[8] L’Anomie, PUF Sociologies.
[9] La place du travail dans les identités - Economie et Statistique n°393-4, 2006

1 commentaires:

jeannette a dit…

A propos du paragraphe "Exemples actuels de suicides fatalistes"

Peut-être que si les employeurs pratiquent une certaine discrimination à l'embauche auprès des travailleurs âgés, ce n'est pas d'abord parce qu'ils coûtent plus cher, ni parce que leurs connaissances seraient plus anciennes mais parce qu'ils ont ce bagage encombrant : des références à une autre façon de faire.
Sans forcément aimer plus le changement que leurs aînés, sans forcément être plus souples, les jeunes ont cet avantage : une virginité professionnelle qui les amène à adhérer davantage aux exigences "nouvelles".